IA et SDIS : comment le SDIS du Nord a construit sa stratégie — Partie 2

Deuxième volet d’une série de retours d’expérience consacrée à l’adoption de l’intelligence artificielle par les services départementaux d’incendie et de secours (SDIS). — Environ 5 minutes de lecture.

En bref

  • Le plan IA du SDIS du Nord n’est pas parti « d’en haut » : il est né d’un constat de terrain, celui d’un usage de l’IA déjà présent mais désordonné, qu’il fallait cadrer.
  • La démarche s’est structurée en trois sous-groupes — acculturation/formation, charte d’usage, cas d’usage — dont sont nés les six axes du plan d’action.
  • Principe directeur : une IA universelle, pour le plus grand nombre d’agents, et non une niche d’experts. Exemple phare : la saisie vocale des fiches bilans, qui concerne 80 % des missions.
  • Le SDIS a choisi Teriagen pour la pédagogie autant que pour la technique, en s’appuyant sur son expérience d’autres SDIS (dont le SDIS 72).
  • Être actif sur le sujet, ne pas se laisser déborder.

Comment une grande organisation publique passe-t-elle d’un usage spontané et désordonné de l’IA à une stratégie cadrée et assumée ? Comment éviter que chacun bricole dans son coin, avec les erreurs et les risques que cela suppose ?

Chez Teriagen, cabinet de conseil et organisme de formation spécialisé dans l’adoption pragmatique de l’IA générative par les professionnels, nous accompagnons plusieurs SDIS de toutes tailles, des plus grands aux plus modestes.

Après un premier volet consacré à la genèse du plan IA du SDIS du Nord, je poursuis cette série avec l’autre moitié du binôme qui pilote ce projet.

Le commandant Antoine Nawrocki est chef du Groupement Études, Prospective, Analyse et Couverture des Risques à l’état-major du SDIS 59. Il co-anime le groupe projet IA aux côtés de Nicolas Vernhet. Son regard, plus opérationnel et tourné vers le terrain, éclaire d’un jour complémentaire la démarche du premier SDIS de France. Il revient pour nous sur la naissance du projet, le choix de l’accompagnement, la place de l’humain et le message qu’il adresse aux SDIS qui envisagent d’adopter l’IA.

Le pilote stratégique d’un grand SDIS

Avant d’aborder l’IA, je demande au commandant Nawrocki de décrire son rôle. « Mon rôle au sein du SDIS, c’est de piloter toute la partie stratégique, qui va de l’élaboration d’un document structurant obligatoire, le SDACR et le règlement opérationnel, à la préparation de sa mise en œuvre, qui est faite par une autre sous-direction », explique-t-il.

Son périmètre couvre aussi le positionnement et l’armement des centres de secours, le retour d’expérience et, dans une logique de feuille de route, la recherche de sujets d’innovation et de prospective. « Mon rôle, c’est de proposer des améliorations en cherchant des sujets d’innovation et de prospective », résume-t-il. C’est à ce titre que le directeur départemental l’a missionné pour piloter le groupe projet IA avec Nicolas Vernhet.

Un projet né du terrain, pour cadrer un usage déjà là

Comment ce projet d’envergure a-t-il démarré au SDIS du Nord ?

La réponse est éclairante, car elle ne part pas d’une simple demande venue d’en haut mais d’un constat partagé sur le terrain. « La création de ce gros projet est née de nous, à partir de constats que l’on partageait avec Nicolas », raconte Antoine Nawrocki.

« Ce qui m’est apparu, c’est que l’usage était un peu désordonné », explique-t-il. Il commençait à recevoir des réponses manifestement rédigées par une IA, avec des erreurs visibles. « C’est devenu un peu dérangeant. C’est pour ça que j’ai proposé au directeur d’organiser quelque chose pour cadrer. »

Le déclic tient donc en une double idée : identifier des cas d’usage utiles, mais aussi poser un cadre pour que l’IA « ne parte pas dans tous les sens ».

Le commandant Nawrocki avait d’ailleurs en tête un cas d’usage très concret, directement issu de son métier : mobiliser l’IA pour automatiser certaines tâches d’évaluation et d’analyse du SDACR, un document aussi structurant que chronophage, afin de faire gagner du temps aux équipes.

Trois sous-groupes, puis six axes

Pour structurer la démarche, le groupe projet s’est organisé autour de trois sous-groupes, dont l’enchaînement en dit long sur la méthode suivie.

Le premier, jugé essentiel, portait sur l’acculturation et la formation des cadres. « Ça nous paraissait essentiel », insiste Antoine Nawrocki. C’est sur ce volet que Teriagen et le CNFPT accompagnent le SDIS.

Le deuxième sous-groupe a traité la charte d’usage, c’est-à-dire le cadrage de l’IA, et le plan de communication associé.

Le troisième devait rendre la chose concrète en identifiant des cas d’usage. « On s’est dit : tout ça c’est très bien, on va expliquer ce que c’est l’IA, comment l’utiliser, on va former toute l’organisation. Et derrière, il fallait qu’on trouve des cas d’usage pour rendre la chose concrète. »

C’est de ce travail que sont nés les six axes du plan d’action, calqués sur la structure même du SDIS : une partie opérationnelle, une partie patrimoine et suivi des bâtiments, et des usages plus génériques. Le tout porté par la volonté du directeur de positionner le SDIS parmi les premiers de France sur le sujet.

Une IA pour le plus grand nombre, pas une niche d’experts

Un principe a guidé l’ensemble, et il mérite d’être souligné pour les SDIS qui observent. « On ne voulait pas faire de l’IA une niche gardée pour des cas d’usage très spécifiques », explique le commandant Nawrocki. « On voulait que l’intégration de l’IA dans nos pratiques soit universelle et qu’elle touche le plus grand nombre d’agents. » D’où le choix d’usages à large portée, comme l’IA générative pour la saisie vocale des fiches bilans, qui concerne 80 % des missions et touche donc un maximum d’agents.

Il souligne enfin la rapidité de cette construction. « Ça s’est construit assez vite, parce qu’on avait déjà une idée claire sur ce qu’était l’IA, sur les dérives qu’il pouvait y avoir, à la fois dans l’usage et dans le manque de cadrage. »

Pourquoi se faire accompagner : la pédagogie avant la technique

Le SDIS avait déjà mené un gros travail en interne. Pourquoi, dès lors, faire appel à un intervenant extérieur ?

La réponse touche un point que beaucoup de SDIS sous-estiment. Le groupe projet, d’une dizaine de personnes, représentant chaque structure du SDIS, s’était même adjoint trois jeunes sapeurs-pompiers volontaires aux compétences pointues en IA. La compétence technique était donc présente en interne. Mais, observe le commandant Nawrocki, « être très bon technicien, expliquer et bien former, c’est deux choses différentes ».

C’est précisément là que s’est joué le choix de l’accompagnement. « On a vraiment bien cerné que l’acceptation ne passerait que par une formation, une sensibilisation la plus pertinente et la plus précise possible. » L’enjeu n’était pas seulement de maîtriser l’IA, mais de savoir la transmettre. « On voulait vraiment être accompagnés de personnes qui connaissent le sujet, mais aussi suffisamment pédagogues pour bien diffuser l’information. »

Le SDIS s’est donc tourné vers des acteurs privés, en a rencontré plusieurs, et a retenu Teriagen. « Teriagen, de par son expérience avec d’autres SDIS, ça nous paraissait aussi le plus pertinent. » Cette expérience d’autres services, comme celui du SDIS 72, a pesé dans la décision : elle garantissait une connaissance préalable des métiers et des contraintes propres aux SDIS.

Faire en sorte que la transformation profite à tous les agents

L’IA est parfois perçue comme une menace pour les métiers. C’est une inquiétude qui revient souvent, et je pose directement la question : comment le SDIS 59 s’assure-t-il que cette transformation profite réellement aux agents ?

Pour le commandant Nawrocki, la première réponse est la formation et la sensibilisation. « Si on ne le fait pas, d’autres le feront pour nous. » Il a déjà échangé avec des organisations syndicales et des collègues, où chacun s’était forgé une opinion à partir de ce qu’il avait entendu ou vu. « L’objectif, c’est de casser un peu les croyances et surtout d’apporter de la transparence sur la volonté de l’établissement. » Charte, formation, sensibilisation et communication forment, à ses yeux, les éléments clés de l’acceptation.

Il fait néanmoins preuve de lucidité sur les limites de l’exercice. Sur un sujet aussi nouveau, dont personne n’a encore une vision claire, certaines réticences resteront. « On ne peut pas empêcher les croyances, les théories du complot. Ça, on en fait notre deuil. »

D’où la mise en place d’un réseau de référents IA internes au SDIS 59, qui ne sert pas seulement à diffuser la communication et la formation, mais aussi à faire remonter les cas d’usage et les points de blocage. L’objectif est d’être le plus réactif possible et de s’assurer que les usages restent dans le cadre fixé par la charte.

Un message aux autres SDIS ? Prendre les devants

Pour conclure, je lui pose la question rituelle : a-t-il un message à adresser aux SDIS qui observent sa démarche et envisagent d’adopter l’IA ?

Sa réponse commence par une marque d’humilité. « Je n’ai pas la prétention de donner des leçons à qui que ce soit, et encore moins aux autres SDIS. » Mais son message est clair, et il tranche par sa fermeté. « Le meilleur moyen de répondre aux inquiétudes, c’est d’être actif sur le sujet, de ne pas se laisser déborder. »

Son raisonnement est imparable : que l’on agisse ou non, l’IA est déjà accessible au grand public et déjà utilisée en interne. « Qu’on mette quelque chose en place ou pas, l’IA est accessible à tout un chacun et s’utilise déjà. »

Mieux vaut donc prendre les devants pour cadrer et proposer des solutions maîtrisées, plutôt que de laisser chacun utiliser des outils ni souhaités ni cadrés. « Plus vite on s’y met, plus on maîtrisera, et plus on facilitera l’adoption de quelque chose qu’on ne pourra pas éviter dans les années à venir. »

Reste une idée forte, que je lui propose comme synthèse : « avancer vite pour ne pas subir l’IA ? » Il confirme et précise la double menace que cette anticipation permet d’éviter. « Se faire déborder par la base, d’une part, et les sujets d’inquiétude, d’autre part. Si on y répond avant qu’ils arrivent, c’est plus simple que d’attendre des questions auxquelles on ne s’est pas préparé. »

Un message qui fait écho à celui de Nicolas Vernhet dans le premier volet. Au premier qui invitait à ne pas avancer seul, le second ajoute qu’il ne faut pas non plus partir trop tard.

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Questions fréquentes

Comment cadrer un usage de l’IA déjà présent dans un SDIS ? Le SDIS du Nord a d’abord posé une charte d’usage, puis structuré une démarche en trois sous-groupes (acculturation/formation, charte et communication, cas d’usage) et mis en place un réseau de référents IA internes chargés de faire remonter usages et points de blocage.

Quel cas d’usage de l’IA touche le plus grand nombre d’agents dans un SDIS ? Au SDIS 59, la saisie vocale des fiches bilans à l’aide de l’IA générative est citée comme un usage à large portée, puisqu’elle concerne environ 80 % des missions.

Pourquoi faire appel à un prestataire externe quand la compétence technique existe en interne ? Parce que maîtriser techniquement l’IA et savoir la transmettre pédagogiquement sont deux compétences distinctes. Le SDIS 59 a retenu Teriagen pour sa capacité à former et sensibiliser, en s’appuyant sur son expérience préalable d’autres SDIS.

Quel conseil le SDIS du Nord donne-t-il aux autres SDIS ? Prendre les devants : l’IA étant déjà accessible et utilisée en interne, mieux vaut cadrer et proposer des solutions maîtrisées le plus tôt possible plutôt que de subir un usage non encadré.


Teriagen : le partenaire IA des SDIS

Teriagen accompagne déjà plusieurs services départementaux d’incendie et de secours, des plus petits aux plus grands, dans la définition et le déploiement de leur stratégie IA. Cette expérience nous a permis de bien comprendre les métiers, les contraintes et la culture des SDIS, ce qui nous fait gagner un temps précieux dans chaque mission.

Notre rôle est de vous aider à avancer sereinement, en vous accompagnant pour :

  • identifier et prioriser les cas d’usage à réelle valeur ajoutée pour vos équipes et vos missions ;
  • choisir les bons outils, adaptés à vos exigences de souveraineté et de sécurité comme à votre budget ;
  • sensibiliser vos instances aux enjeux humains, réglementaires et éthiques de l’IA ;
  • coconstruire votre charte IA, pour encadrer les usages et placer l’humain au cœur de vos décisions ;
  • former vos équipes et votre encadrement, en tant qu’organisme de formation, pour que l’IA reste un outil maîtrisé, au service des agents et du citoyen.

Vous envisagez d’engager une démarche IA dans votre SDIS ? Échangeons sur votre contexte et vos objectifs.

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