Penser l’IA dans les collectivités : vision, posture et réflexion éthique

L’intelligence artificielle s’impose progressivement comme une composante incontournable des politiques de transformation numérique. Pourtant, dans les collectivités locales, son intégration ne peut se faire comme dans le secteur privé. Le service public implique une approche spécifique, fondée sur le sens, la responsabilité et la participation.

À travers cet article, nous proposons une grille de lecture en trois temps – vision, posture, réflexion éthique – pour aider les décideurs publics, les agents et les élus à penser l’IA comme un levier utile, mais encadré.


1. Une vision publique de l’intelligence artificielle

L’IA ne doit pas être abordée comme une simple innovation technologique. Elle n’est ni une finalité, ni une injonction à moderniser coûte que coûte. Pour les collectivités, l’IA est avant tout un outil, au service de la simplification, de l’efficacité et de la qualité du service rendu aux usagers.

Adopter une vision publique de l’IA, c’est se poser les bonnes questions :

  • Qu’est-ce que cette technologie peut réellement apporter à nos missions ?
  • Comment peut-elle libérer du temps pour renforcer la relation humaine ?
  • Et surtout, comment éviter qu’elle ne reproduise des logiques industrielles inadaptées à nos réalités territoriales ?

Cette vision s’ancre dans les valeurs du service public : accessibilité, proximité, continuité, neutralité. Elle suppose de prioriser les usages qui renforcent l’action publique, tout en restant lucide sur les limites de l’IA. On ne fait pas « entrer de la techno », on construit une stratégie publique de l’IA.


2. Une posture d’accompagnement, pas d’imposition

Dans bien des collectivités, l’IA est déjà présente… sans être encadrée. Des agents testent ChatGPT, automatisent des documents, utilisent des assistants sans validation hiérarchique. Ce phénomène est révélateur : les usages précèdent les cadres.

Face à cette réalité, la tentation serait de normer trop vite ou de freiner. Mais cela risquerait de bloquer des dynamiques spontanées et utiles. La bonne posture consiste à accompagner les usages plutôt qu’à les imposer. À écouter ce qui émerge, à valoriser les bonnes pratiques, et à construire collectivement un cadre d’usage.

Cela implique de travailler avec les directions, les élus, les agents, dans une logique de co-construction. L’IA n’est pas un projet technique. C’est un sujet de gouvernance, de formation et d’appropriation. Une démarche progressive, pilotée, mais ouverte à l’expérimentation.

Cette posture valorise la confiance dans les équipes, la transversalité entre services, et l’envie d’apprendre ensemble. Elle suppose aussi de désigner des référents, de former les encadrants, et de soutenir les agents dans leurs initiatives.


3. Une réflexion éthique au cœur de la démarche

L’intelligence artificielle soulève des questions fondamentales pour l’action publique. Quels sont les impacts sur les décisions ? Sur les données ? Sur la relation avec les citoyens ?

Il est essentiel de poser des garde-fous clairs. L’IA ne doit pas se substituer à l’humain dans les choix sensibles. Elle ne doit pas devenir une « boîte noire » incontrôlable. Les collectivités doivent pouvoir expliquer, tracer, et maîtriser les outils qu’elles utilisent.

Cela passe d’abord par une attention rigoureuse aux données :

  • Quelles données sont utilisées ?
  • Où sont-elles hébergées ?
  • Qui y a accès ?
  • L’outil est-il conforme au RGPD ? Est-il interopérable avec les outils existants ?

Ensuite, il faut faire des choix technologiques alignés avec les principes de souveraineté. Privilégier des outils français ou européens, éviter la dépendance aux grands fournisseurs mondiaux, garantir que les données restent sur le territoire.

Enfin, la question environnementale doit être intégrée. Certains modèles d’IA sont extrêmement gourmands en énergie. Il convient de privilégier des IA sobres, localisées, et pensées pour un usage raisonné. Une IA responsable est aussi une IA écoconçue.


Conclusion : gouverner l’IA plutôt que la subir

Dans les collectivités, l’IA ne peut pas être une tendance suivie passivement. Elle doit faire l’objet d’un projet politique et organisationnel. Une vision claire, une posture d’écoute, et une réflexion éthique solide permettent de construire une stratégie publique de l’intelligence artificielle.

L’enjeu n’est pas d’aller vite. Il est d’aller dans le bon sens. En impliquant les agents, en outillant les élus, en posant des règles partagées. C’est ainsi que l’IA pourra devenir un vrai levier de renforcement du service public, et non un facteur de rupture.


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