L’intelligence artificielle générative s’invite peu à peu dans les collectivités, souvent de manière discrète, parfois spontanée. Certains agents utilisent déjà des outils comme ChatGPT ou Copilot pour rédiger des documents, préparer des notes ou gagner du temps sur des tâches répétitives. Pourtant, ces usages restent souvent informels, non encadrés, et méconnus de la hiérarchie.
Face à cette réalité, une stratégie fondée uniquement sur le contrôle ou la prudence ne suffit plus. Il devient indispensable d’accompagner, de structurer, et surtout de former les équipes. Car former, ce n’est pas seulement transmettre des compétences : c’est donner du sens, sécuriser les usages, et poser les bases d’une gouvernance responsable de l’IA au sein du service public.
Pourquoi former les agents à l’IA est devenu indispensable
Le recours à l’IA générative dans les collectivités n’est plus une question de « si », mais de « comment ». L’IA ne remplace pas les agents, mais elle transforme en profondeur certaines tâches du quotidien. Elle peut automatiser la rédaction de documents simples, faciliter l’organisation d’un événement, ou encore générer des supports visuels pour une campagne de communication.
Mais mal utilisée, elle peut aussi exposer la collectivité à des risques : transmission de données personnelles en dehors de l’UE, contenu inadapté, ou perte de contrôle sur l’origine des informations produites. La formation devient donc un outil de prévention, d’acculturation et d’autonomisation.
Elle permet aux agents d’identifier les bons usages, de comprendre les limites, et de devenir acteurs de la transformation plutôt que simples utilisateurs passifs.
Par quoi commencer ? Trois niveaux de formation essentiels
Une stratégie de formation réussie repose sur un parcours progressif, pensé pour s’adapter à la diversité des métiers et des niveaux de maturité numérique.
1. Le tronc commun : poser les bases
Avant d’explorer les outils, il est essentiel de comprendre ce qu’est l’IA générative. Comment fonctionne-t-elle ? Quelles sont ses limites ? Quels sont les risques en termes de données, de sécurité, ou d’éthique ? Ce socle commun permet de démystifier l’IA, de créer une culture partagée et de répondre aux inquiétudes légitimes des agents.
Ce module d’acculturation peut être proposé à l’ensemble des équipes, en présentiel ou en visio, avec des exemples concrets et accessibles.
2. Les modules métiers : adapter la formation aux réalités du terrain
Chaque service utilise l’IA à sa manière : les RH pour automatiser des courriers, la communication pour créer des visuels, l’urbanisme pour interroger des documents complexes, les services généraux pour générer des convocations. Il est donc essentiel de proposer des ateliers métiers ancrés dans le quotidien des agents.
Ces modules permettent de tester des outils concrets, d’identifier les cas d’usage pertinents, et d’adopter une posture réflexive sur les résultats produits.
3. Les parcours référents : créer des relais internes
Enfin, il est utile de former un petit nombre d’agents « ambassadeurs » ou « référents IA », capables d’accompagner leurs collègues, d’expérimenter de nouveaux outils, ou de contribuer à la rédaction d’une charte IA locale.
Ce groupe peut devenir un véritable appui transversal, au service de l’ensemble des directions.
Ce qu’une formation efficace doit inclure
Pour qu’une formation à l’IA soit pleinement utile, elle doit respecter plusieurs principes :
- Une pédagogie accessible, sans jargon technique, avec des démonstrations en direct.
- Une approche collaborative, dans laquelle les agents testent, questionnent, et co-construisent.
- Des outils souverains, hébergés en France ou en Europe, conformes au RGPD.
- Des supports réutilisables, que les agents peuvent consulter après la session.
- Un lien avec les enjeux de gouvernance, notamment autour de la charte IA ou de la stratégie numérique de la collectivité.
Le rôle de la collectivité : structurer la démarche
Former les agents à l’IA ne peut pas reposer uniquement sur l’initiative individuelle. Il appartient à la direction générale, à la DRH et aux responsables de services de structurer une véritable stratégie de formation.
Cela passe par l’inscription de l’IA dans le plan de formation, l’identification des besoins par pôle ou métier, et l’articulation avec les autres chantiers en cours (RGPD, cybersécurité, souveraineté numérique…).
Les élus peuvent également être formés, dans une logique de montée en compétence transversale. En tant que garants du service public et de la transformation locale, ils doivent eux aussi comprendre les enjeux et participer à la définition du cadre.
Conclusion
Former les agents à l’intelligence artificielle n’est pas une option. C’est une condition nécessaire pour construire une stratégie IA responsable, humaine, souveraine, et ancrée dans les valeurs du service public.
Plutôt que de subir les outils ou de laisser les usages se développer de manière informelle, les collectivités ont tout intérêt à accompagner leurs équipes, avec méthode, pédagogie et exigence.