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IA et SDIS : ce que nous apprennent les premiers services engagés

Point d’étape sur l’adoption de l’intelligence artificielle par les services départementaux d’incendie et de secours, à partir des démarches que nous accompagnons.

(5mn de lecture environ)


Il y a un peu plus d’un an, parler d’intelligence artificielle dans un SDIS relevait encore de la curiosité. Aujourd’hui, plusieurs services ont engagé une démarche structurée, d’autres s’interrogent, et à peu près tous constatent la même chose : leurs agents utilisent déjà ces outils, avec ou sans cadre.

Après avoir publié les témoignages de Nicolas Vernhet et du commandant Antoine Nawrocki, qui co-pilotent le plan IA du SDIS du Nord, il m’a semblé utile de prendre un peu de hauteur. Chez Teriagen, nous accompagnons aujourd’hui quatre SDIS, de tailles et de moyens très différents, à des stades d’avancement qui le sont tout autant. Cette diversité est instructive, car elle montre qu’il n’existe pas un chemin unique vers l’IA, mais des rythmes adaptés à chaque contexte.

Voici ce que nous en retenons à ce stade.


Quatre SDIS, quatre trajectoires

Le SDIS du Nord (59), premier de France par la taille, a construit un plan IA en six axes couvrant l’ensemble de ses missions, de la performance opérationnelle à la cybersécurité, adossé à son plan stratégique et voté en conseil d’administration. Une démarche d’emblée globale, portée par un binôme associant un profil opérationnel et un profil pilotage.

Le SDIS de la Sarthe (72) a suivi le parcours le plus complet à ce jour, étalé sur une quinzaine de mois. Conférence d’acculturation ouverte à l’ensemble des équipes, audit approfondi de l’équipe de direction, plan d’action stratégique, feuille de route en trois phases, formation socle des cadres dirigeants, puis six mois d’expérimentation terrain avant une formation opérationnelle bâtie sur leurs propres cas d’usage. C’est aujourd’hui le service qui est allé le plus loin dans l’appropriation concrète par les agents.

Le SDIS de la Creuse (23) et le SDIS de l’Eure (27) ont engagé la première étape : conférence d’acculturation, audit de l’équipe de direction, rapport et restitution. Le séminaire a posé les bases et permis d’identifier les priorités ; la suite se décidera selon leur calendrier propre.

Quatre services, quatre échelles, quatre rythmes. Et pourtant, des constantes très nettes.


Premier enseignement : l’IA est déjà là, la question est celle du cadre

C’est le constat le plus universel, et celui qui revient dans chacune de nos missions. Aucun de ces SDIS n’a découvert l’IA en lançant son projet : dans tous les cas, des agents l’utilisaient déjà, de leur propre initiative, avec des outils grand public.

Le commandant Nawrocki l’exprimait sans détour dans notre entretien : l’usage était devenu désordonné, au point qu’il recevait des documents manifestement rédigés par une IA, avec des erreurs visibles. Le projet du SDIS 59 est né de ce constat, avant même d’être une ambition technologique.

Pour un décideur, cela déplace complètement la question. Il ne s’agit pas de décider si l’IA doit entrer dans le service, elle y est déjà. Il s’agit de décider si cet usage sera cadré, sécurisé et outillé, ou s’il continuera à se développer hors de tout contrôle, avec les risques que cela suppose en matière de confidentialité des données et de fiabilité des productions.


Deuxième enseignement : la première étape coûte peu et engage peu

C’est sans doute le point le plus utile pour les services qui hésitent. La première étape d’une démarche IA n’est ni un déploiement, ni un investissement lourd : c’est un temps de compréhension.

Dans les quatre cas, nous avons commencé par la même séquence : une conférence d’acculturation pour donner à tous une base commune et démystifier le sujet, puis un audit de l’équipe de direction pour identifier les usages réels, les freins et les opportunités propres au service. Cette séquence tient en un séminaire et débouche sur un rapport et une feuille de route.

L’intérêt de cette approche est qu’elle produit un actif immédiatement exploitable, indépendamment de ce qui suivra. Un SDIS qui s’arrête après cette étape, ou qui la met en pause, dispose tout de même d’un diagnostic de sa situation, d’une liste de cas d’usage priorisés et d’un cadrage des risques. C’est la situation des SDIS 23 et 27 aujourd’hui : les bases sont posées, la suite s’organisera à leur rythme.

Autrement dit, engager une réflexion sur l’IA ne suppose pas d’engager tout de suite un programme complet.


Troisième enseignement : la formation prime sur l’outil

C’est probablement le contresens le plus fréquent. Beaucoup de services abordent l’IA par la question de l’outil : lequel choisir, à quel prix, avec quelles garanties de souveraineté. Ces questions sont légitimes, mais elles arrivent rarement en premier dans les démarches qui aboutissent.

Le commandant Nawrocki l’a formulé d’une manière qui résume bien l’enjeu : être un très bon technicien et savoir former sont deux choses différentes. Le SDIS du Nord disposait pourtant de compétences internes solides, y compris de jeunes sapeurs-pompiers volontaires experts du sujet. Ce qui manquait n’était pas la technique, mais la capacité à transmettre à des milliers d’agents aux profils très divers.

Le parcours du SDIS 72 illustre la même priorité. La formation socle des cadres dirigeants est intervenue bien avant tout déploiement, et la formation opérationnelle finale a été co-construite avec les équipes, à partir de leurs propres documents et processus : rédaction de marchés publics, synthèse de comptes rendus, processus RH. Une IA que personne ne sait utiliser reste un budget sans effet.


Quatrième enseignement : expérimenter avant de déployer

Aucun des services que nous accompagnons n’a basculé du jour au lendemain vers un déploiement général. Tous ont ménagé une phase intermédiaire d’expérimentation, et c’est un choix qui mérite d’être souligné à une époque où le discours ambiant pousse à l’inverse.

Le SDIS de la Sarthe a organisé six mois de tests terrain, avec plusieurs outils mis en parallèle, pour ancrer la décision dans la pratique réelle plutôt que dans les promesses commerciales. Le SDIS du Nord expérimente lui aussi plusieurs solutions sur un an avant de dresser un bilan, et Nicolas Vernhet reconnaissait volontiers dans notre entretien qu’il n’avait pas encore assez de recul pour conclure.

Cette prudence n’est pas de la lenteur, c’est de la méthode. Elle évite deux écueils coûteux : s’engager durablement sur un outil inadapté aux usages réels, et déployer massivement une solution que les agents n’adopteront pas.


Cinquième enseignement : la taille n’est pas le facteur déterminant

C’est l’objection que nous entendons le plus souvent de la part des services de taille moyenne ou modeste : « le SDIS du Nord a les moyens, pas nous ».

L’observation de nos quatre accompagnements prouve l’inverse. Le SDIS de la Sarthe, qui n’a pas les mêmes moyens que ses collègues du Nord, est aujourd’hui un service très avancé dans l’appropriation concrète de l’IA par ses agents, avec des formations opérationnelles construites sur ses propres cas d’usage.

Ce qui distingue les services qui avancent n’est pas leur budget, mais trois choses beaucoup plus accessibles :

  • un portage clair par la direction
  • un pilotage identifié plutôt qu’une responsabilité diluée
  • une progression par étapes plutôt qu’un grand programme lancé d’un bloc.

Autre exemple : le SDIS 59 a fait le choix d’un binôme qui associe un regard opérationnel et un regard pilotage. Ce type de décision ne coûte rien et change tout.


Ce que nous observons pour la suite

Le mouvement s’accélère. Les échanges entre services se multiplient, la question n’est plus de savoir si l’IA concernera les SDIS, mais à quel rythme et sous quel cadre. Les services qui ont pris de l’avance ne l’ont pas fait parce qu’ils étaient plus riches ou mieux équipés, mais parce qu’ils ont accepté de commencer avant d’avoir toutes les réponses.

Cette série de retours d’expérience se poursuivra à la rentrée, avec un nouvel entretien en septembre. D’ici là, les témoignages de Nicolas Vernhet et du commandant Antoine Nawrocki restent disponibles pour ceux qui souhaitent entrer dans le détail d’une démarche complète :

IA et SDIS : comment le SDIS du Nord a construit sa stratégie – Partie 1

https://www.linkedin.com/pulse/ia-et-sdis-comment-le-du-nord-construit-sa-strat%C3%A9gie-clappier-v7fle

IA et SDIS : comment le SDIS du Nord a construit sa stratégie – Partie 2

https://www.linkedin.com/pulse/ia-et-sdis-comment-le-du-nord-construit-sa-strat%C3%A9gie-clappier-sttyc


Teriagen : le partenaire IA des SDIS

Teriagen accompagne déjà plusieurs services départementaux d’incendie et de secours, des plus petits aux plus grands, dans la définition et le déploiement de leur stratégie IA. Cette expérience nous a permis de bien comprendre les métiers, les contraintes et la culture des SDIS, ce qui nous fait gagner un temps précieux dans chaque mission.

Notre rôle est de vous aider à avancer sereinement, sans partir seuls. Nous vous accompagnons pour :

  • identifier et prioriser les cas d’usage à réelle valeur ajoutée pour vos équipes et vos missions ;
  • choisir les bons outils, adaptés à vos exigences de souveraineté et de sécurité comme à votre budget ;
  • sensibiliser vos instances aux enjeux humains, réglementaires et éthiques de l’IA ;
  • définir votre charte IA, pour encadrer les usages et placer l’humain au cœur de vos décisions ;
  • former vos équipes et votre encadrement, en tant qu’organisme de formation, pour que l’IA reste un outil maîtrisé, au service des agents et du citoyen.

Vous envisagez d’engager une démarche IA dans votre SDIS ? Échangeons sur votre contexte et vos objectifs.

https://calendly.com/alexandre-teriagen/rdv-visio-1h-teriagen

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